Coup de coeur

Interview : India Desjardins

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Bonjour India, comment vous est venue l’envie d’écrire ?

Dans ma vie, j’ai toujours écris, lorsque j’avais 8 ans, j’écrivais déjà des petites histoires. J’ignore comment les idées arrivaient, mais cela venait tout seul. J’écrivais tout le temps, j’avais un cahier sur lequel il était écrit « mon cahier d’histoires ». Puis, je suis devenue journaliste, ma mère était elle-même journaliste et étrangement je n’avais aucun écrivain autour de moi ; je ne pensais pas que l’on puisse en faire un métier, donc je me suis dirigée vers le métier de journaliste qui me semblait être un métier d’écriture accessible. Puis après cela, je n’avais qu’une envie, c’était d’écrire des histoires, c’était plus fort que moi et à cette époque au Québec, je ne sais pas comment ça se passe en France mais au Canada, on ne peut pas vraiment gagner notre vie avec l’écriture de romans parce que le marché est très petit. Un best seller c’est 5000 copies, je ne sais pas à combien cela correspond en France mais vous remarquez qu’avec ce chiffre, on ne peut pas se payer une piscine ou un autre luxe, j’ai donc fait beaucoup de sacrifice pour pouvoir écrire mon premier roman. J’étais donc journaliste et j’ai signé quelques contrats à la pige pour payer mon loyer, ma nourriture, … ; et tout le reste je l’ai laissé de coté, je ne suis plus allée chez le coiffeur, je ne m’achetais plus de vêtement, plus de meuble ; si vous voyez mon appartement, il est très simple, j’ai fais de vrais sacrifices car l’envie d’écrire était plus forte que tout.

Aurélie n’était pas mon premier roman. Après avoir fait tous ces sacrifices, j’ai eu beaucoup de mal à faire publier mon premier roman, car il s’agissait d’un roman humoristique nommé « les Aventures d’India Jones », il s’agit d’une femme qui recherche l’amour et à l’époque il n’y avait pas vraiment ce style de romans au Québec alors les gens étaient un peu nerveux de publier ce livre, où il y a beaucoup de dialogues et d’humour. On avait des romans plus sérieux, j’ai reçu beaucoup de refus jusqu'à ce que je réussisse à le faire publier par ma maison d’édition, la deuxième fois lorsque j’ai envoyé le manuscrit, j’ai eu l’idée d’Aurélie ; India Jones a été un best seller mais un best seller au Québec comme je vous le disais tout a l’heure c’est 5000 copies et après cette aventure, je me suis dis que je ne pouvais pas gagner ma vie avec l’écriture mais ce n’était pas bien grave. J’ai continué des petits contrats puis j’ai voulu écrire la suite d’India Jones mais à cette époque j’ai vécu un tas de choses, j’ai eu une embolie pulmonaire, mon chat est décédé, j’ai failli mourir à cause de cette embolie et j’ai dû côtoyer mes propres croyances face à la mort. Je me suis beaucoup questionnée par rapport à mes croyances en me demandant si j’avais des enfants ce que je leur dirais sur la mort et la seule réponse qui me venait c’était « je ne sais pas » je me suis demandée comment les jeunes pouvaient vivre sans le spirituel qui existait à d’autres époques et c’est comme ça que l’idée d’Aurélie Laflamme est apparue. Il s’agit d’une jeune fille de 14 ans dont le père est décédé lorsqu’elle avait 9 ans et une mère qui est incapable de lui transmettre une belle image de la mort. C’était vraiment la seule idée du roman et j’ai voulu, même si le sujet était un peu triste, faire un personnage qui traverse des obstacles de façon positive, je voulais faire d’elle une héroïne forte qui ne s’intéresse pas seulement aux garçons ou aux vêtements, je voulais qu’elle ait une recherche avec tous ces questionnements existentiels qui arrivent à l’adolescence. Je souhaitais qu’elle est une réelle recherche de trouver elle-même sa place en tant qu’être humain dans l’univers.

Quand vous écrivez, avez-vous un certain rituel d’écriture ? Avez-vous des horaires journaliers ?

Oui j’ai vraiment un rituel, je me lève le matin, je déjeune et je bois du thé Earl Grey de chez Harold.

Pourquoi ce thé précisément ?

Ma sœur est allée un jour à Londres et m’a rapporté ce thé et le matin même où j’ai commencé à en prendre, j’ai écris comme jamais je n’avais écris, j’en ai donc déduis que j’étais capable de bien écrire lorsque je buvais ce thé.

Et à chaque fois que j’ai un ami qui va à Londres, je lui demande de me rapporter du thé c’est comme un thé magique.

Je pense que c’est déjà tellement difficile de se mettre au travail le matin, je n’ai pas une liste de taches à effectuer, il faut juste que je remplisse des pages blanches donc ça demande un certain laisser-aller, il faut réfléchir lorsque l’on écrit, il faut éviter de se juger, puis je me dis, si j’ai mon thé magique, tout ira bien. Je trouve que cela me permets d’avoir un plus grand laisser-aller dans l’histoire, parfois je ne me sens pas capable, je trouve que ce n’est pas bon, mais j’ai l’impression qu’avec mon thé, je me laisse un peu plus aller et je suis mieux.

J’écris donc toute la matinée, puis je déjeune et je fais du sport. Soit je marche, soit je vais à la gymnastique car c’est très important et je le répète souvent aux jeunes qu’il est nécessaire de faire de l’exercice pour réussir dans les devoirs ainsi que des travaux scolaires.

Pendant que vous faites du sport, pensez-vous toujours à l’écriture ?

Oui toujours.

Cela vous arrive-t-il qu’il vous vienne des idées pendant vos séances de sport ?

Parfois, j’arrête complètement ce que je fais et je note ou je reviens à la maison pour continuer un petit peu mon écriture.

Avez-vous eu des sources d’inspiration pour écrire Aurélie Laflamme ? Avez-vous eu une amie qui ressemble à cette jeune fille ou est-ce un peu vous ?

Ce n’est pas autobiographique car déjà mon père n’est pas décédé contrairement à Aurélie. Mais ça vient vraiment de moi par rapport à ce que j’ai vécu par rapport à mes questionnements. Aurèlie possède une grande partie de moi, par exemple, je suis une grande gaffeuse comme elle, je me pose beaucoup de questions, j’essaie justement de m’améliorer, j’ai donc quelque chose en moi qui lui ressemble, mais elle a son petit coté. Nos propres enfants ont des choses de nous mais ils ont également leur propre personnalité et parfois on se demande d’où ils l’ont prise.

Pour Aurélie, je pense qu‘elle est comme ça par rapport à moi, elle a beaucoup de moi mais elle a aussi son petit coté personnel et parfois je me surprends en disant d’où ça vient et forcement ça vient de moi puisque c’est moi qui l’ai écrit ; il y a mes souvenirs, il y a mon présent. Des anecdotes qu’on me raconte comme l’année passée lorsque l’on a tourné le film adapté au roman. Je me suis beaucoup rapprochée des adolescents qui incarnaient les personnages et ça a beaucoup procuré d’anecdotes donc ça m’a beaucoup inspiré, c’est un peu un mélange d’imagination, de moi et d’histoire que l’on me raconte.

Tous les jeunes acteurs avaient-ils lu le livre ?

Ils ont tous été supers, il y a certains jeunes qui avaient lu le livre avant le tournage, ils avaient vraiment envie de jouer dans le film et une autre partie de jeunes qui ont découvert l’ouvrage pendant le tournage, le personnage qui incarnait le rôle d’Aurèlie ne l’avait pas commencé avant les auditons mais pour se préparer elle a lu le livre et en est devenue accro, elle a lu toute la série et sur le plateau de tournage elle était la plus grande encyclopédie d’Aurélie, elle défendait mon personnage en disant parfois « non Aurélie ne porterait jamais ça, c’est écrit dans le tome 2 » ça m’a beaucoup touché que les acteurs s’intéressent aux personnages du livre et pour moi ce qui était super important, c’est qu’il y a avait également un très bon esprit d’équipe.

Avant la sortie du livre, il y a avait des fans et pour moi c’était vraiment important car j’ai toujours eu un rapport très proche avec eux. Il est indispensable que les comédiens soient gentils avec les fans, sans qu’il y ait un rapport de supériorité. Je n’aurai pas aimé cette attitude, cela m’aurait fait de la peine parce que ce sont vraiment les fans qui ont porté le livre depuis le début et c’était tellement important pour eux que ce soit respecté que je suis restée très proche de l’adaptation, les comédiens ont été extraordinaires avec eux. Ils ont toujours été gentils avec les lecteurs lors de nos séances de signature, avec beaucoup de respect envers ce public.

Si vous deviez vous comparez à un auteur de roman jeunesse,
lequel serait il ?


Il me serait assez difficile de me comparer à un auteur, mais mon idole c’est J.K. Rolling, l’auteur des « Harry Potter » qui m’a fait redécouvrir les plaisirs de la lecture, c’est magique ce livre, pour moi à chaque fois ça me touche et je trouve qu’elle a amené quelque chose dans le monde de la littérature jeunesse, un jour, j’ai regardé Harry Potter 7 et personnellement j’avais hâte de la voir arriver comparativement aux autres, c’est rare qu’on s’intéresse à un auteur autant que l’on s’intéresse à elle donc vraiment je trouve que c’est une idole, une femme qui a beaucoup de choses à dire dans ses livres, elle a décidé d’écrire une histoire simple, quand on étudie en littérature, il faut analyser les œuvres, les décortiquer, cela fait perdre un peu le plaisir de la lecture et c’est grâce à Harry Potter que j‘ai redécouvert moi-même le plaisir de lire. Comme beaucoup d’enfants, elle a amené un renouveau en donnant le goût de la lecture car avant Harry Potter il y a eu comme une espèce de trou noir, elle a relancé la lecture pour les jeunes en redonnant le goût du livre, je trouve que c’est autant important pour les gens qui ont des œuvres littéraires de donner à un enfant le goût de lire pour la vie, lorsque vous lisez, vous êtes armés pour tout, vous restez informer, c’est donc mon idole mais je ne me compare pas à elle.

Etes-vous sensible à la critique littéraire ?

J’ai déjà été journaliste donc je comprends le fonctionnement, je lis souvent les critiques. Concernant mes livres, je me dis qu’il s’agit d’un bon commentaire et que je peux en apprendre quelques chose, je ne suis pas du genre à en être très affectée, ça ne me touche pas réellement mais je vais souvent trouver ça intéressant de lire ces commentaires, c’est arrivé rarement que ça me rende triste.

Depuis que mon livre est sorti, il y a des personnes qui en parlent très bien et d’autres qui disent « ah je n’ai pas remarqué », ou « ah j’aime mieux tel livre » et ça ne me fait pas de peine car je comprends que tous les goûts sont dans la nature et on peut parfois aimer quelque chose et parfois moins l’aimer donc je marche main dans la main avec eux. Je ne pourrai pas me dire que je m’en fiche, au contraire ça m’intéresse de savoir ce que les gens ont à dire, cela peut me permettre de progresser et être constructif, c’est rare que ce soit méchant et gratuit.

Pourquoi écrivez-vous des romans de jeunesse, souhaitez-vous faire passer un message aux jeunes ?

Vous nous avez parlé tout à l’heure de l’idée de la mort et de la faire passer aux enfants, est ce qu’il y a dans votre livre plusieurs messages destinés aux adolescents ?

Oui il y avait un message super important pour moi, c’est pas nécessairement un message car avec les jeunes je pense qu’il ne faut pas être très moralisateur car ils le ressentent ; mais disons que c’est une valeur que j’avais envie de transmettre qui est que la vie est belle malgré les obstacles. Ce qui me touche beaucoup c’est le suicide chez les adolescents, nous au Canada il y’en a beaucoup et ça me fait beaucoup de peine, avec les films comme Walt Disney, ils ont changé les contes et tout se termine toujours bien et j’avais envie d’écrire où le personnage vit beaucoup d’obstacles. Dans les tomes suivant, Aurélie va vivre toute sorte de choses, la première et la dernière phrase d’un livre sont très importantes, dans le tome 1 c’est « parfois je me sens seule dans l’univers » et la dernière phrase « je me sens bien ici » pour moi le cheminement d’Aurélie est de savoir ce qu’elle faisait sur terre car son père est mort, elle s’est disputée avec sa meilleure amie, elle n’est pas bonne à l’école, elle a presque envie d’abandonner au début du livre et finalement elle reste forte malgré les obstacles, à la fin elle dit qu’elle est bien ici, mais elle n’est pas au bout de ses peines avec ce que je lui réserve. Ce ne sont pas des drames, mais des petites choses  oubliées. Lorsque l’on est adolescent, il y a des choses qu’on trouve tragique comparativement à la même chose à la vie adulte. Parfois on regarde les jeunes et on leur dit « tu exagères, ce n’est pas si grave que ça », tu vivras pire plus tard mais on ne se rend pas compte qu’en leur transmettant ce genre de message, les adolescents se disent que plus ils vont vieillir plus ça va être difficile alors qu’au contraire ça devient plus facile. J’avais envie de leur montrer que ces obstacles, on pouvait les traverser positivement.

Pour Aurélie ça peut lui arriver, elle est très gaffeuse donc elle peut par exemple avoir un nouveau téléphone portable et le laisser tomber dans de l’eau, ce problème est considéré comme un drame dans la vie adolescente, car arrivée à la maison sa mère va la disputer et ce genre de chose ça va poser un conflit donc ce sont des choses comme ça que je vais faire vivre à Aurélie mais j’essaie de le raconter avec humour et depuis que j‘écris ce genre d’histoire, beaucoup de jeunes m’écrivent des mails à la façon d’Aurélie, ils me le racontent de façon humoristique et finalement je me dis que peut être le raconter de cette manière, me donne une autre vision car dans la vie on peut vivre une situation de façon tragique ou humoristique et Aurélie la vit de façon humoristique même si elle vit des choses par rapport à son père. Je voulais créer une héroïne forte c’était très important pour moi de raconter une histoire qui ne soit pas accès à ce qu’elle soit belle, à avoir des conquêtes, je ne voulais pas qu’Aurélie soit négative, il n’y a aucun moment où Aurélie se dit complexée par rapport à son corps, par rapport à ses vêtements.

Vous m’avez demandé pourquoi j’écrivais pour les adolescents, je voulais juste rajouter que j’ai travaillé pour les adolescents dans un magazine « Cool » au Canada, donc pour moi c’était juste naturel.

Ca se résume, la vie est belle malgré les obstacles. C’était très important que l’histoire soit axée sur ce point là.

A quoi attribuer vous votre succès ? Est-ce que c’est la chance du moment, est ce que vous avez répondu vraiment aux questions des adolescents, est ce que vous êtes venue à une période où le roman jeunesse était foisonnant ?

Je pense justement qu’il  y a eu une porte qui a été ouverte pour le roman jeunesse, je pense que les jeunes ont envie de lire, je n’ai pas voulu profiter d’une vague, j’ai juste essayer de faire quelque chose qui était en accord avec ce que je suis, je ne suis pas condescendante envers les adolescents, je n’essaie pas de les imiter, j’ai essayé de raconter une histoire très sincèrement avec ce que je suis en écrivant l’histoire d’une jeune qui est proche de ce que je suis présentement. J’ai un cas de fille de 14 ans, je l’ai créée comme ça, je ne m’attendais pas à avoir du succès. Lorsque je suis arrivée l’autre jour au salon du livre de Montreuil, il y a une jeune fille qui est venue me présenter son livre, je pensais qu’elle souhaiter l’échanger, en fait, elle désirait uniquement une dédicace, je suis restée très surprise ; ce n’est pas quelque chose à laquelle je m’attends quand j’écris. J’ai eu une  réelle surprise de voir que Michel Lafon achetait les droits du livre.

J’adore communiquer avec les jeunes lorsqu’il m’écrivent sur facebook, ils m’inspirent vraiment, je pense que c’est une relation, eux aiment mes livres et moi je les aime tout simplement.

Si on essayait de se mettre à la place des enfants, quels conseils leur donneriez-vous pour devenir écrivain ?

Je leur dis tout le temps d’écrire pour le plaisir. Les jeunes de nos jours ont envie que tout aille vite, à notre époque ce n’était pas comme ça. Avec Internet, il faut que tout aille vite, je me souviens qu’il y a quelques années, lorsque je cherchais des chansons, il fallait écouter toute la journée le canal du vidéo clip pour l’obtenir, maintenant avec Internet, on l’obtient immédiatement. Ca fait des gens qui ont envie, qui ont des projets qui veulent mener à terme, je trouve très bien cette facette de personnalité pour l’époque mais je leur dirai que pour l’écriture je pense qu’il faut d’abord le faire pour s’amuser, il faut écrire pour avoir du plaisir à raconter une histoire, c’est vraiment pour moi la base, de ne pas être pressée d’être publier et de le faire par plaisir donc on se retrouve dans un monde où l’on souhaite y être et avec une histoire qu’ils ont envie de raconter, il faut savoir persévérer si on obtient un refus. J’ai moi-même persévéré, mais une chose que je dis souvent, j’ai plein de rêves qui ne se sont pas réalisés et puis ça m’a amené à renouveler constamment mes rêves. Il faut toujours essayer quelque chose que l’on a envie ; peut être essayer autre chose ; peut être qu’ils vont découvrir une passion encore plus grande qu’ils n’avaient même pas soupçonné.

Je vous remercie de nous avoir accordé un grand moment de votre temps et vous souhaite une bonne visite de Paris.

India Desjardins est née le 15 juillet 1976 à Québec. Elle commence par être journaliste pour les magazines Cool et Clin d'œil, avant de se consacrer exclusivement à l'écriture de romans. Elle écrit une série de romans pour adolescents intitulée Le journal d'Aurélie Laflamme. Elle a aussi écrit "Les aventures d'India Jones ", un livre pour adulte.

Je remercie India Desjardins pour sa gentillesse et les
Éditions Michel Lafon, en particulier Anissa, pour avoir rendu cette rencontre possible.


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