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Chagall, un peintre à sa fenêtre

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Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux, le musée national Marc Chagall à Nice, le Graphikmuseum Pablo Picasso à Münster.

La fenêtre est-elle une ouverture sur le monde ou sur l’image ? Chagall en fait un objet de recherche qui ne cessera d’être présent dans son œuvre.

En 1435, Alberti propose dans son traité Della Pittura, une lecture nouvelle de la définition de la fenêtre et de son rôle dévolu dans la peinture : ouverture sur le monde ou sur la nature ? Ou, comme le suggèrent Daniel Arasse et Jacqueline Lichtenstein, ouverture sur l’histoire ou sur l’image et, à ce titre, double symbolique du tableau.

L’auteur de la Renaissance se doutait-il que la fenêtre allait bientôt devenir l’objet de prédilection de nombreux artistes qui n’auront de cesse de la prendre comme sujet de représentation ? A la frontière de l’intime et de l’ouvert, la fenêtre sera en effet fréquemment traitée par les peintres tout au long des siècles qui vont suivre. Mais c’est surtout, après le XVIIe siècle hollandais, si attaché à sa représentation, et à la fin du XIXe et au XXe siècle qu’elle va devenir un des sujets centraux pour les créateurs. Bonnard, Dufy, Matisse, Picasso, Delaunay, Marquet...bien d’autres encore. Chagall, de son côté en fait un objet de recherche privilégié.

De fait, dès les premières œuvres, la fenêtre joue chez Chagall un rôle particulièrement significatif et les premières manifestations sont des quasi-exercices de style pour l’artiste débutant. A Paris, entre 1910 et 1914, les fenêtres, derrière lesquelles il fait vivre son monde intérieur, lui offrent la possibilité d’affirmer une vision plus personnelle qui n’est cependant pas distincte des recherches de ses contemporains, en particulier Delaunay, son voisin et ami de La Ruche.
De l’éclairage intimiste des portraits familiaux en 1914-1915, aux compositions ultérieures plus ambitieuses, mais toujours orientées autour de la famille, Chagall développe à son retour en Russie une vision différente de la fenêtre, qui devient lien entre la nature et l’humain qu’il continue à mettre en œuvre au début de sa période française, à partir de 1923. Comme il ne peint pas sur le motif, c’est la plupart du temps par la fenêtre qu’il découvre le paysage français. La fenêtre n’est pas toujours visible, mais c’est la vue plongeante qui établit sa présence virtuelle. Elle permet alors une lecture renouvelée de l’œuvre autour de la forme plus que de la couleur, aspect jusque-là peu étudié pour cet artiste.

En poursuivant l’œuvre entier, il est possible d’établir une typologie de la fenêtre en tant qu’espace médian : elle est tour à tour fantastique et fantasmatique, ouvrant alors sur le monde du rêve ou du cauchemar. Elle est réaliste, avec une étonnante précision descriptive et aussi bien classique revisité quand elle encadre la nature morte.
Elle peut enfin devenir une démonstration du travail formel du peintre, en lien avec les mouvements de l’art à son époque.
Une centaine de peintures et de dessins, provenant de grandes collections publiques françaises et étrangères ainsi que des œuvres de collections privées, est réunie pour la première fois autour de ce thème qui présente une approche renouvelée de l’œuvre de Chagall, au plus près des aspirations et des solutions plastiques de l’artiste.



35 €

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