Coup de coeur


Mezek
Juillard - Yann 

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Récit initiatique, action, aventure, tous ces ingrédients se mêlent dans cette nouvelle BD pour en faire un moment de lecture passionnant, et en même temps enrichissant sur le plan historique.
Juillard et Yann, comme un guetteur de mémoire, ne prétendent pas comprendre et dompter mieux qu'un autre l'Histoire mais il en renouvelle l'approche, en nous plongeant au coeur des événements tels que les ont vécu les protagonistes, y ajoutant une part d'émotion, élément essentiel pour les ressentir et les vivre à notre tour.
L'atmosphère historique y est très bien rendue, Juillard et Yann  ont le don de mettre l'Histoire à portée de main, de la rendre captivante et fascinante...ce qu'elle est en réalité.
C'est intéressant, palpitant et, comme à l'accoutumée, fort bien raconté.
Vous y trouverez beaucoup de plaisir, rêvant sur les magnifiques illustrations et les couleurs chaudes de ces pages. Vous apprendrez de nombreuses  anecdotes.
De quoi ravir les passionnés et instruire les néophytes, à ne pas manquer !


DES AILES AU SERVICE D'ISRAËL…

1948. La création de l'État hébreu ne va pas sans heurts, à commencer par les bombes égyptiennes qui pilonnent régulièrement Tel-Aviv. Tel David face à Goliath, Israël ne peut opposer aux chasseurs "Spitfire" ennemis que quelques vieux
« Mezek » pilotés par des volontaires juifs venus de tous les pays, mais aussi par des mercenaires accourus de plus sombres horizons... Björn est l'un de ces goyim venus risquer leur vie pour quelques milliers de dollars, un prix qui reste en travers de la gorge de ses confrères combattant, eux, pour leur idéal !

Yann et André Juillard unissent leurs talents au service d'une véritable épopée, celle des débuts de l’aviation militaire israélienne et nous offrent surtout une puissante et complexe histoire d'amour... Sans doute fallait-il deux auteurs de cette envergure pour mener à bien une telle entreprise. Non content d'éviter tout cliché ou jugement de valeurs, Yann parvient à mettre en perspective le tumulte qui gronde autour de la naissance du jeune État et celui qui tempête sous le crâne de Björn. Son scénario restitue à merveille la tension qui peut régner sur une base militaire sous pression constante, offrant à André Juillard un magnifique terrain d'expression graphique des émotions. Fort de sa ligne claire parfaitement maîtrisée, le dessinateur est aussi à l'aise avec les corps qu'avec les avions. Il résulte de cet heureux mariage un très grand cru de la collection « Signé » ! Mezek – Naissance d'une bande dessinée (Carnet de croquis) La parution d’un nouvel album de la collection Signé unissant les noms d’auteurs aussi prestigieux que Yann et Juillard est un événement.
Le Lombard marque le coup avec la publication de ce making-of qui permet de découvrir la genèse de Mezek. Tandis que Yann nous détaille les réflexions et émotions qui l'ont guidé au long de l'écriture de cette saga, André Juillard ouvre ses cartons pour nous faire découvrir tout son travail préparatoire. De nombreux croquis de toute beauté, au fil desquels on rencontre un Juillard plus lâché, mais non moins précis. Yann : « Ca me semblait trop incroyable pour être vrai » Il aura fallu vingt ans à Yann pour accoucher de Mezek. Vingt ans de documentation et de réflexion, jusqu'à aboutir à un album unique en son genre...

Il paraît que votre intention d'écrire cette histoire ne date pas d'hier...

En effet. Il y a une vingtaine d’années, un ami m’a raconté une histoire incroyable : sa famille, d’origine allemande, comptait un pilote de la Luftwaffe… Rien de très original en soi, si ce n’est que ledit pilote était juif, tout comme mon ami, et qu’il avait donc combattu dans l’armée de l’air allemande sous l’uniforme nazi… Il ignorait la réalité de la « Solution finale » et ce n’est qu’après la chute du IIIe Reich, qu’il a découvert, stupéfait, l’ampleur et la nature de la tragédie ! Désespéré et ayant appris qu’Israël recrutait des « volontaires étrangers », idéalistes ou mercenaires, il décida de mettre ses talents de pilote au service du jeune État hébreu. C’était une sorte d’exutoire à son insupportable sentiment de culpabilité ! Cela me semblait en effet trop incroyable pour être vrai. Mais, au fil de mes lectures, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un sujet passionnant, doublé d’une véritable tragédie largement occultée par les historiens. Pourquoi avez-vous attendu tant d’années pour écrire cette histoire ? J'ai d’abord tenté de la transposer en BD avec Marc Lumer au pinceau, mais notre approche n'était pas appropriée ! Avec le recul, il m'est apparu évident que seul un traitement rigoureusement documenté, réaliste, voire académique, pouvait parvenir à la fois à concrétiser la réalité du contexte historique et à crédibiliser un drame humain aussi complexe. Pendant vingt ans, j'ai laissé le projet décanter dans un tiroir, en étoffant régulièrement ma bibliothèque sur le thème de la naissance d'Israël. Le déclencheur définitif a été la lecture de l’ouvrage La Tragédie des Soldats juifs de Hitler, révélant le drame de ces milliers de soldats, juifs ou demi-juifs, qui combattirent sous l’uniforme nazi, plus ou moins protégés par leurs chefs. Avez-vous modifié le scénario, une fois son dessinateur trouvé ? Au moment où nous avons convenu de réaliser cet album ensemble, André Juilard était très occupé. J'ai profité de ce délai pour reprendre mon synopsis à zéro. J’ai limité la narration à la base d’Herzliya et je l’ai centrée sur le « Squadron 101 » et ses pilotes, afin de conserver une unité de temps et de lieu plus propice à un déroulement dramatique. J'ai préféré éliminer tout aspect épique intempestif. J’ai troussé surtout un récit à la mesure du talent et des goûts d’André : notre héros est donc entouré d’un aréopage de jolies femmes ! Par ailleurs, il aurait aimé que nous évacuions illico tout suspense factice en débutant l’histoire par sa chute, les révélations finales. Cela, pour mieux nous concentrer sur les enjeux psychologiques de la confrontation de notre héros avec les différents protagonistes. Pour ma part, je préférais conserver l’aspect plus « populaire » du récit avec ses révélations et coups de théâtre successifs. Cette forme plus naïve, mais plus dynamique, me semblait intuitivement mieux servir le propos… André, en vrai gentleman qu’il est, m’a donc fait confiance, me laissant « piloter » le scénario à ma guise… J’espère ne pas m’être fourvoyé !
André Juillard : « Je suis pour la simplicité ! » Il était étrange que cet éternel amoureux de la ligne claire qu'est André Juillard n'aie encore jamais signé de bandes dessinées au Lombard, éditeur historique du journal Tintin. Un rendez-vous qui a finalement eu lieu grâce à une autre envie de longue date : faire un album avec Yann ! Il paraît que vous avez rencontré cette histoire au travers d’une interview accordée par Yann. Qu'est-ce qui, au juste, vous a attiré dans ce récit ? Certains événements historiques, tout d'abord. Tout ce qui touche à la création de l'État d'Israël m’intéresse. Ces mercenaires, puis le fait qu'Israël avait secrètement engagé un pilote allemand, qui se trouve en fait être juif ! Les sentiments, la culpabilité et le poids du secret, que pouvait éprouver ce pilote m'intriguaient : . Il ne pouvait révéler la vérité. Celle-ci aurait été trop mal comprise, même si les dirigeants de Tsahal étaient très pragmatiques.

Vous semblez avoir bien réfléchi au sujet. Vous est-il arrivé de vous mêler du scénario ?

Non, pas du tout, parce que Yann connaissait très bien son sujet. Je ne suis intervenu que sur des détails de mise en scène. Cela faisait longtemps que nous voulions travailler ensemble et tout s'est très bien passé ! Cette histoire est aussi un retour aux années 1940/50, comme dans Blake et Mortimer. C'est un hasard ou vous avez une affection particulière pour cette période ? L’action de Mezek se déroule en 1948. C'est l’année où je suis né ! Les années 1950 sont celles de toute mon enfance. J'aime beaucoup l'esthétique de l'époque et, particulièrement, celle des avions et des voitures d’alors. Gamin, j'avais un oncle dans l'Armée de l'Air et un autre qui était steward dans l’aviation civile. Comme dans la chanson de Bécaud, j'allais souvent à Orly voir les avions s’envoler. Je trouvais ça fascinant.

La mise en images d’un tel scénario doit exiger une abondante documentation...

Oui, en effet. Ici, je devais dessiner un avion bien particulier, puisqu'il s'agit d'un Messerschmitt transformé. Yann m'a fourni une documentation considérable. Je disposais en outre de maquettes que j'avais achetées il y a longtemps, simplement parce qu'elles me plaisaient. De toute manière, on trouve beaucoup de documents sur l'armée allemande. C'en est même un peu effrayant... Si l'album a pour titre Mezek, le nom d’un type d’appareil, il retrace surtout l'histoire de Björn et de ses camarades. Cela dit, j'ai pris un grand plaisir à dessiner ces avions. Il y a aussi quelques motos…Mais, les motos, c'est trop compliqué pour moi : trop de détails auxquels je ne comprends rien. J'ai essayé de faire ça le plus sérieusement possible, avec un peu de noir par-ci par-là comme cache-misère.

En revanche, on sent que vous vous êtes fait plaisir sur tous les corps nus qui vous permettent d'exprimer votre talent pour le réalisme classique. D'où vous vient cette attirance ?

J'ai commencé le dessin en prenant pour modèles des statues de sculpteurs grecs représentées dans mon livre d'Histoire de 6e. J’étais fasciné par la perfection formelle de ces corps. Mon entêtement à les reproduire a fait le dessinateur académique que je suis devenu. Dans le même temps, je lisais le journal Tintin, véritable conservatoire de la « ligne claire ». Plus tard, j’ai découvert Blueberry de Giraud qui incarnait la bande dessinée réaliste à laquelle, j’aspirais. Ne voulant pas devenir un sous-Giraud, j’ai dès lors mijoté un mélange personnel, un réalisme plus poussé que celui d’Hergé et Jacobs, mais plus simple que celui de Giraud.

Cette démarche classique se retrouve dans votre mise en scène. Vous affectionnez les cadrages en pied et autres décors...

Oui, c'est vrai. Dessiner des personnages en pied, c’est aussi donner plus d’importance au décor. Je tiens à situer une scène dans un lieu. Après, il me paraît possible d’avoir recours à des plans plus rapprochés. Le meilleur cadrage est évidemment celui qui assure la fluidité de la narration. Aligner les plans généraux n’est pas une solution, dans le meilleur des cas cela revient à réaliser une suite d’illustrations plus ou moins jolies. Nous ne sommes pas au théâtre ! Il faut profiter de la possibilité de tourner autour du sujet, de s’en éloigner ou de s’en rapprocher pour mieux exprimer ses émotions, par exemple. Toujours cet amour de la ligne claire... Je suis pour la simplicité. On a déjà un texte qui dit des choses. Ce n’est pas la peine d’en rajouter. Et puis, si on regarde bien, les panels d’émotions et de mouvements sont finalement assez restreints. Le photographe Muybridge a figé le mouvement de la marche en une vingtaine de photos. Hergé utilise deux à trois attitudes, pas plus, pour caractériser le fait de marcher. Inutile de chercher des mouvements trop sophistiqués. C’est une leçon que j’ai tirée de la lecture de Tintin. Pour le reste, j’essaie d’organiser ma page en recherchant un équilibre : équilibre des masses colorées, alternance de plans, taille des vignettes, etc…
Le dessin, c’est avant tout de la composition, un agencement de surfaces délimitées par un trait. Si je trace une ligne sur une feuille de papier, je choisis un rapport de surfaces parmi une infinité de possibilités. Le tout est d’harmoniser ces surfaces entre elles, mais ce n’est pas si évident que ça. La lecture d’un scénario suscite souvent des idées très précises de ce qu’on va faire. Au final, j’ai cependant toujours l’impression que quelque chose s’est perdu entre mon cerveau et ma main. D’où, une éternelle frustration qui est, du reste, la meilleure motivation qui soit pour continuer à faire ce merveilleux travail.

YANN, le scénariste La grande spécialité de Yann, c'est l'Histoire avec du poil à gratter ! Après avoir tâté de la communication et de la publicité, le jeune Marseillais décide de s'expatrier en Belgique pour y devenir auteur de BD. Réalisant rapidement que ses planches sont bien meilleures lorsqu'elles sont dessinées par d'autres, il décide de se consacrer à l'écriture. Il fait la connaissance de Didier Conrad et le duo va se faire un nom en dynamitant les marges du journal Spirou au fil de gags aussi osés que caustiques. Un bon résumé du ton de Yann, qui puise également dans sa pléthorique culture historique pour bâtir des récits grinçants, drôles, et nous présenter par la même occasion des personnages aussi originaux qu'authentiques. L'homme ne se limite pas à l'humour : c'est à lui que fait appel Yslaire pour mettre en mots les élans romantiques de Sambre, par exemple. Yann multiplie les collaborations, adorant se plonger dans l'univers d'un dessinateur pour éviter de tourner en rond dans le sien propre. Ce mélange de tradition franco-belge, de réalisme historique et d'humour a fait de lui un des scénaristes les plus réputés de la profession. Ce qui ne lui a pas coupé la verve, bien au contraire !

André JUILLARD, le dessinateur Passionné de dessin depuis sa petite enfance, André Juillard ne s'attaquera néanmoins à la bande dessinée qu'aux alentours de ses 25 ans, après un passage aux Arts-Déco de Paris. Féru de réalisme classique, il en fera sa marque de fabrique, s'appliquant, dans un premier temps, à décrypter et appliquer les codes de ses aînés, Hergé et Jacobs en tête, jusqu'à les faire évoluer. Peu de dessinateurs modernes, en effet, manient la ligne claire comme lui. Après avoir fait ses classes dans la presse, il fait la connaissance de Convard, qui lui écrit ses premiers scénarios. Plus tard, Patrick Cothias prend la relève, co-signant avec le dessinateur, nombre de BD historiques, de Masquerouge à Plume aux Vents. Son graphisme fait mouche auprès des amateurs du genre, mais Juillard n'est pas l'homme d'une seule époque. Ses goûts le portent également vers des histoires plus intimistes et vers les années 1950. Un époque qu'il a l'occasion d'explorer à travers la reprise de Blake & Mortimer aux côtés d'Yves Sente, ou de Mezek sur un scénario de Yann. Volontiers illustrateur, il est également connu pour ses vues de Paris et du Mont-Saint-Michel, autant d'hommages qu'il rend à ces villes du bout de sa plume si précise.

15,95 €

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